10 mars 2008
Ganesha
Joseph Merrick. Le nom ne vous dit peut-être rien... Si, par contre, je vous révèle son pseudonyme, "Elephant Man", il y a très peu de chance qu'il n'éveille pas certaines images dans votre esprit. Vous éprouvez peut-être même une certaine répulsion. Ou comme pour moi, vous vous surprenez à entretenir une sorte de fascination pour l'étrangeté de la condition humaine et de ses anomalies...

Ganesha. J'ai choisi ce livre par hasard, lors d'une de mes virées à la bibliothèque des Chiroux. Il était exposé sur l'un des présentoirs, la titre, plus que la couverture, m'a attirée. Ganesha, le dieu éléphant. J'aime ce nom parce que j'ai toujours l'impression, en le prononçant, qu'il exhale un parfum de safran.
Et Ganesha m'a plu. Le livre se vit comme une plongée dans les mémoires de Joseph Merrick, l'homme Elephant. Qui est-il au juste? Un monstre? Un génie? Une erreur de la nature? ... Un dieu? Nul ne le sait. Toujours est-il qu'il jouit d'un don de clairvoyance qui lui permet de résoudre les meurtres sordides qui affectent Londres.
Je ne sais pas vous, mais personnellement j'ai toujours ressenti une sorte de fascination pour ces phénomènes médicaux, ces musées des monstres et autres expositions glauques. Ca me rappelle mon enfance et les murmures échangés à la cour de récré sur ces personnages à l'existence desquels on doutait à moitié. C'est peut-être une sorte de curiosité malsaine? Toujours est-il qu'elle existe que je la montre ou non. Et une des premières choses que j'ai faite en commençant ce livre a été de rechercher les portraits de Joseph Merrick.
Un roman à recommander de toute urgence à tous les fans de Scherlock Holmes et de cette Angleterre noire et sale du XIXème. Il a valu à son auteur, Xavier Mauméjean, le prix Fantastic'Art du festival de Gérardmer en 2000. J'ai lu la seconde édition, entièrement retravaillée et augmentée par l'auteur (je suppose que la première est moins bien!).
Conclusion: j'ai trouvé un nouvel auteur à classer parmi mes préférés! J'ai d'ailleurs emprunté aujourd'hui même un de ses autres romans "La Venus anatomique" qui en scène le très controversé philosophe-chirurgien Julien de la Mettrie, qui exerça à l'époque de Louis XV. Ca promet!
21 février 2008
Attention! Derrière toi! Un faune!

Cote: 5 papillons magiques
Parmi mes auteurs préférés, Robin Hobb tient une place de choix. D'abord parce qu'elle est l'auteur de la saga de l'Assassin Royal qui m'a accompagnée depuis mes 15 ans jusqu'à aujourd'hui. Ensuite parce qu'elle est l'une des seules auteurs de fantasy actuelle qui a selon moi le Don. Celui de créer un univers nouveau qui ne ressemble pas à une variation du monde de Tolkien (que j'aime beaucoup cela dit). Celui de créer un univers et des personnages auxquels on croit.
C'est sous le nom de plume de Meghan Lindholm qu'elle a écrit "Le Dieu dans l'Ombre" et ce, bien avant de rencontrer son succès actuel (en 1991). Précision importante: l'univers n'a absolument rien à voir avec celui de l'Assassin Royal et des Aventuriers de la Mer. Non. Cette fois l'histoire se déroule dans "notre monde", à "notre époque", aux USA plus exactement.
L'héroïne, Evelyn est une femme qui a "perdu sa nature sauvage", pour parler comme Clara Pincola Estès, auteur de "Femmes qui courent avec les loups". Durant son enfance, c'était une vraie sauvageonne. Elle passait ses jours et parfois ses nuits à courir les forêts d'Alaska, à ramasser des champignons et à récolter des trésors. A aider son père à braconner, à aider à dépouiller des élans… Et à jouer avec Lui. Le faune qui vit dans ces forêts.
Une dizaine d'années plus tard, Evelyn est mariée, mère et ressemble davantage à une "coquille vide" qu'à autre chose. Incapable de dire "non" à son mari. Manipulable, soumise, inadaptée, maladroite, … Plus rien à voir avec la fille fière et libre du début. Certes, elle vit en Alaska avec Tom, son mari où ils vivent "à la dure". Ils chassent, pêchent, vivent en lien avec la nature mais on la sent fragile.
Une fragilité qui devient extrême lorsque toute la famille s'envole pour la ferme des parents de Tom, dans le fin fond de la campagne américaine. La belle-famille est le type même des agriculteurs américains "qui ont réussi" mais qui sont quand même de gros beaufs. Entre Evelyn et sa belle famille, c'est vite clair: le courant ne passe pas, un fossé immense les sépare. Un fossé qui s'agrandit de jour en jour jusqu'à devenir invivable. Et aux côtés d'Evelyn, le faune qui refait son apparition.
Le décor est
planté! Je n'irai pas plus loin dans l'histoire pour ne pas vous
"spoiler". Comme la plupart des lecteurs de ce livre (d'après les
critiques pêchées sur le net), j'ai été troublée. Car, autant vous
prévenir, c'est un livre qui repousse les limites de l'interdit et de
l'étrangeté (un peu à l'excès à la fin mais ça reste quand même un très
bon livre). J'ai aimé, beaucoup, à la folie et passionnément!
27 janvier 2008
Littérature légère ou ... ?
A
l'heure où je vous écrit, je sors d'une semaine d'absence complète. Du
dimanche 21 au vendredi 25, j'étais "ailleurs". Où me direz-vous? Eh
bien, j'ai vécu une petite semaine d'immersion dans le monde d'un
auteur dont j'avais pas mal entendu parler: Anna Gavalda.
Tout a commencé lorsque ma mamie, s'interrogeant sur ce qui me passionnait au point d'en ignorer totalement la famille réunie à l'occasion de l'annif' de ma soeur, s'est exclamée:
- Ah? C'est Anna Gavalda?
- Mmmmm...
- C'est léger hein mais pas déplaisant à lire.
- ...
Sur le coup j'ai rien répondu mais la phrase a tourné pas mal de temps dans ma ptite tête et à chacune de ses révolutions, ma perplexité grandissait. Léger? La nouvelle que je venais de terminer (issue de son recueil "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"), c'était tout sauf...léger. Le type qui se rend compte petit à petit qu'il a involontairement causé la mort d'une dizaine de personnes en voulant gagner 5 minutes sur le chemin du boulot. C'est léger, ça?
Et puis, j'ai compris... L'invisible mais très solide barrière entre bonne et "mauvaise" littérature. Ca ressemble à celle que l'on place entre "musique sérieuse" (classique) et "musique légère" (tout le reste). J'observe très souvent que lorsqu'un auteur débarque brutalement sur la scène littéraire, qu'il publie quelques romans qui soulèvent le coeur des foules, il est quasi automatiquement balancé dans la catégorie: "auteur léger à succès".
Mais finalement, c'est quoi un bon livre? Moi, simple lectrice, qu'est-ce que j'attend de ce tas de feuilles reliées avec une couverture plus ou moins jolie??? Ben moi, perso, j'en attends juste une chose: que ça "me fasse" quelque chose. Que ça me donne à réfléchir, voir que ça m'énerve, que ça me divertisse, que ça me déprime, que ça me donne envie de pleurer, de rire, de... Que ça ne me laisse pas indifférente quoi! J'ai lu des prix Goncourt qui m'ont laissée de marbre (en même temps comme j'étais en Grèce ça allait bien avec le reste...). J'me suis emmerdée en lisant certains grands classiques (pas tous, mais certains).
Je me fiche de connaître 100 mots en plus quand j'arrive à la dernière ligne du livre si c'est pour ne rien retenir des quelques heures/jours ou semaines passées à me trimballer un objet vide dans mon sac.
Je me fiche d'avouer que j'aime lire des histoires où les sentiments sont en première ligne, où on passe les quelques heures/jours/ ou semaines où on lit le bouquin à avoir envie de secouer le personnage principal pour qu'il se rende compte que c'est ça ce qu'il doit faire si ça m'a permis d'oublier les 2h30 par jour que je passe dans le train.
Alors voilà, j'avoue, fièrement et sans honte: j'aime lire Marc Levy, j'aime Eric-Emmanuel Schmitt et j'ai adoré Anna Gavalda (je précise en passant qu'il s'agit de 3 auteurs trèèès différent si ce n'est le fait qu'une part non-négligeable de critiques littéraires passent leur temps à les stigmatiser pour l'intérêt qu'ils rencontrent auprès du grand public). La preuve: j'ai été acheté un coffret de ses 3 romans à la FNAC hier (j'avais emprunté les 2 premiers à la bibliothèque) et je vous encourage vraiment à découvrir son oeuvre!
21 janvier 2008
Enchantements de Orson Scott Card
En
deux mots: au fin fond d'une forêt ukrainienne, un enfant découvre par
hasard un autel sur lequel une magnifique femme est endormie, protégé
par une présence inquiétante. A l'aube de sa vie d'adulte, il revient
sur les lieux qui le hantent depuis...
J'inaugure
ma rubrique biblio*burp par un livre excellentissime! Ca devait faire
des siècles que ça ne m'était plus arrivé (oui je suis fort vieille en
fait): j'ai été scotchée de la première à la dernière ligne… Ensorcelée
devrais-je plutôt dire car il s'agit bien d'un livre magique, à
plusieurs titres.
Tout
d'abord, il s'agit d'un conte de fées. Attention: pas n'importe quel
conte de fées, un conte de fées à la fois moderne et ancien. Je
m'explique: le héros de l'histoire, Ivan, Vanya ou encore Itzak (ben
oui il a 3 noms, ceux qui s'intéressent un peu aux contes de fées
connaissent l'importance de ne pas révéler son vrai nom à n'importe
qui!), bien ancré dans la vie moderne, se retrouve subitement propulsé
dans un univers de conte de fées. Attention, pas un conte de fée
neu-neu où tout le monde est beau, gentil, intelligent. Non: une autre
réalité à part entière qui fonctionne selon ses propres lois. Un vrai
conte de fée. Un conte de fées russes (les plus morbides qui soient
comme le clame à plusieurs reprises l'auteur). Dans les contes de fées
slaves, on ne sait jamais comment l'histoire va se terminer. C'est cru,
cruel et beau à la fois, on y ressent le froid, la faim, la saleté
aussi mais c'est terriblement vrai (même si c'est paradoxal d'admettre
qu'un conte de fée soit vrai).
Bon cela dit, ne vous détrompez pas, Enchantements n'est
pas trop glauque, ni trop froid. Ca ne fait pas peur, c'est juste
prenant. Il y a quand même des passages un peu cliché mais on a
l'impression que l'auteur les a placé là volontairement. En guise de
clin d'oeil.
Et
puis, il y a l'humour. Les situations compromettantes qui naissent de
la différence des cultures. Même si je ne l'ai pas encore vu, je pense
qu'on n'est pas loin de "Il était une fois", le dernier Disney, par
certains aspects (je me demande même si le film ne s'inspire pas du
bouquin). Comment une sorcière cruelle, sauguinaire et centenaires
réagit-elle lorsqu'elle se retrouve au beau milieu d'un aéroport
américain? Quelles pensées étranges lui traversent l'esprit sur cette
"magie" étrangère et mécanique.
Enfin, il y a cette philosophie, celle que j'avais oubliée depuis longtemps (depuis l'époque où je lisais avec Caro
des récits inspirés des légendes celtes et où on s'inventait des
sortilèges et des grandes destinées). Retrouver, ne serait-ce que le
temps de ces 500 pages, ce sortilège que j'avais mis en poche il y a
(trop) longtemps.
